Commençons par l’histoire du projet Aristote. En 2012, Google lançait une étude, sur plus de 180 équipes, afin de trouver les clés permettant à certaines équipes d’être efficaces. Cette étude, malgré l’analyse de 50 recherches académiques et de 200 interviews n’a pas permis, dans un premier temps, de définir les critères de succès d’une équipe, parmi la liste de 250 critères étudiés (personnalités, expériences, compétences, croyances, etc.).

Ce n’est qu’après avoir découvert que, l’important n’est pas de savoir comment une équipe est composée, mais plutôt de regarder comment les membres d’une équipe travaillent ensemble, que Google a enfin pu définir des critères clés de performance d’une équipe. Le critère le plus important étant la sécurité psychologique.

Critères clés de performance selon Google

Oui, mais qu’est-ce que la sécurité psychologique ?

La sécurité psychologique est le fait de se sentir suffisamment en sécurité dans son équipe. Ceci afin de prendre des risques, donner son avis, et partager ses idées. Pour se sentir en sécurité, il est nécessaire d’être convaincu qu’aucun membre de l’équipe ou de l’organisation n’interviendra pour nous embarrasser ou nous punir, et donc de ne pas craindre les conséquences de ses actes.

Cette sécurité, nous permet d’être nous-même, de faire preuve de créativité, d’être innovant et de pouvoir donner le meilleur de nous-même.

En tant qu’équipe, la sécurité psychologique est une condition pour faire émerger l’intelligence du groupe. De même, elle permet d’aider l’équipe à prendre les décisions les plus adaptées, notamment en nous permettant de partager nos erreurs, et d’exprimer nos désaccords.

D’ailleurs, Amy Edmondson, dans « the fearless organization”, nous raconte avoir constaté qu’il y a une corrélation directe en la performance d’une équipe et le nombre d’erreurs commises par cette même équipe. Bien que ce premier constat puisse sembler contradictoire. Il prend tout son sens lorsqu’elle nous explique que les équipes les plus performantes sont celles où les erreurs sont remontées et partagées le plus facilement. Finalement ce n’est plus une question de nombre d’erreurs commises, mais bien de nombre d’erreurs partagées.

the fearless organization d’Amy Edmondson

Il y-a-t-il un rapport avec l’agilité ?

Oui, le rapport avec l’agilité est direct. En effet, le manifeste agile nous indique que l’expérience dans le développement logiciel a permis de ressortir quatre grands principes, appelés valeurs. Ces valeurs ont pour but de nous servir de lignes directrices. Une de ces quatre valeurs est : « Les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils ». Comment mettre en avant les individus et leurs interactions, s’ils ne se sentent pas suffisamment en sécurité pour s’exprimer pleinement ?

Si on regarde du côté de Scrum, un des frameworks agile les plus utilisés. Les 3 piliers de Scrum sont la transparence, l’inspection et l’adaptation. Comme représentée dans le dernier « Scrum en Strips », la transparence permet l’inspection, et l’inspection permet l’adaptation. Mais qu’est ce qui permet la transparence ? Oui, la sécurité psychologique !

Scrum en Strips #6

Tout ça pour dire qu’il n’y a pas d’agilité sans sécurité psychologique. Vous êtes coach, manager, dirigeant et souhaitez commencer ou continuer une transformation agile à l’intérieur de votre organisation ? La première chose à faire serait donc de questionner la sécurité psychologique de vos équipes et si nécessaire de développer cette sécurité. Vous pouvez mettre tous les frameworks agiles que vous voulez en place, cette transformation ne sera pas satisfaisante sans sécurité psychologique dans votre organisation.

Nous observons d’ailleurs, parfois, des équipes qui mettent en place Scrum. N’étant pas satisfaites, passent sur du Kanban, puis finalement reviennent sur du Scrum. Ou encore des organisations qui font une grosse transformation SAFe mais où les problèmes d’avant ressurgissent. Ces frameworks sont une aide mais ne sont en aucun cas suffisant. Une transformation agile sans sécurité psychologique sera certainement une transformation loupée.


D’accord, mais comment améliorer la sécurité psychologique au sein de mon organisation ?

Pour améliorer la sécurité psychologique dans son équipe ou son organisation, trois conditions sont nécessaires. Avoir la capacité de reconnaitre sa vulnérabilité, faire preuve d’écoute et faire confiance.

Pour le premier, l’objectif est de pouvoir partager et assumer ses craintes et ses limites. Des moments peuvent être mis en place pour évoquer ensemble ces sujets. Les rétrospectives en sont un excellent exemple, mais ces moments peuvent prendre d’autres formes. Il peut être utile d’aider les équipes à mieux communiquer en apportant des concepts comme la Communication Non-Violente, qui apporte une démarche de communication orientée sur ses émotions et ses besoins, et ayant pour but d’aider notre interlocuteur à mieux nous comprendre et donc à apaiser les échanges. Mais surtout il est nécessaire de montrer l’exemple.

Concernant l’écoute, nous parlons ici de la vraie écoute, celle qui permet de vraiment comprendre l’autre et éventuellement de réfléchir ensemble. Notre capacité à nous taire, à ne pas réagir, et à juste écouter, est un excellent début. Pour aller plus loin, il est tout à fait possible de développer ses capacités à utiliser l’écoute active, une technique de communication basée sur le questionnement et la reformulation, et à l’écoute empathique, le pendant de la Communication Non-Violente. L’objectif de l’écoute empathique étant d’aller questionner ce qui se joue chez notre interlocuteur afin de l’aider à exprimer ses besoins non-comblés.

Et enfin, la confiance est un vaste chantier. Elle nous permet d’accepter les retours tels que les critiques et les contradictions que nous pouvons recevoir. C’est une démarche de développement personnel à moyen/long terme, bien que le fait de montrer l’exemple puisse encore une fois faire une différence au sein de vos équipes et lancer un cercle vertueux à l’intérieur de celles-ci.


Que retenir ?

Pour conclure, ne perdez jamais de vue que la sécurité psychologique est essentielle à la réussite de vos équipes et de vos projets. Alors lancez-vous ! Acceptez que personne n’est parfait. Apprenez à mieux communiquer, à mieux recevoir les critiques. Faites preuves d’écoute. Et surtout… Montrez l’exemple !


Sources :